Mészáros Anna
Dátum szerda, 23 máj. 2012

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LA GAUCHE ROUMAINE D’APRÈS 1989 ET L’APPAUVRISSEMENT : QUELQUES REMARQUES THÉORIQUES PDF Nyomtatás E-mail
Írta: Ana BAZAC   

L’article tend plutôt à mettre en relief les causes et les conditions de l’appauvrissement de la majorité de la population roumaine que de décrire l’appauvrissement comme tel. Ce processus est inscrit dans la logique du système global actuel. On insiste sur la continuité de la précarisation du niveau de vie après 1989 et sur le comportement des principaux acteurs du phénomène en vue : la population, la droite et « la gauche ».

 

Avant 1989

On ne peut pas discuter l’appauvrissement présent de la population roumaine sans mentionner que ce processus avait commencé dans la dernière décade avant décembre 1989. Ce n’est pas l’abstraite déchéance du stalinisme qui avait été la cause et ni même la décision de Ceausescu de payer la dette du pays jusqu’au mars 1989 afin d’échapper aux intérêts imposés par les banques occidentales, mais les contraintes du capital mondial sur l’économie des pays du « socialisme réellement existant » (ce qui veut dire que du point de vue de la profitabilité capitaliste une économie qui fonctionne en même temps sur des valeurs opposées à la logique du marché n’est pas valide et évidemment ne peut faire face à la compétition internationale et aux manoeuvres de ses protagonistes, tandis qu’en même temps elle représente un péril, un contre modèle pour l’économie capitaliste) et aussi le systématique prélèvement bureaucratique interne d’une bonne partie des biens communs de la société.

En effet, la tentative de socialisme encadré dans la logique de l’état-nation – et encore dans un pays sous-développé comme la Roumanie – ne pouvait que répéter[1] l’organisation sociale où les catégories bureaucratiques, militaires et administratives avaient le privilège des bons revenus et retraites au-delà de l’efficacité et utilité de leur travail et de la contribution au fond public des retraites ; de plus le caractère bureaucratique du système (la direction autoritaire et arbitraire) imposait un significatif écart face au modèle occidental moderne de la complexification sociale de Max Weber). Bref, le niveau général des salaires et des retraites aurait été plus élevé si le système des privilèges (ce qui inclut aussi l’impossibilité de critique démocratique) aurait manqué de l’organisation « normale » de la société.

Pauvreté et appauvrissement

Selon Buret, la pauvreté, « l’insuffisance des moyens de satisfaire aux besoins présents et réels »[2], a de sens seulement en comparaison et en même temps seulement si elle est sentie comme telle en devenant objet de la conscience : tout d’abord des pauvres et aussi de la société. De ce  point de vue, la pauvreté est, au fond, misère : « pauvreté moralement sentie »[3], justement parce qu’elle ne peut pas être dépassée qu’avec le secours des autres[4]. «C’est le dénuement, la souffrance et l’humiliation qui résultent de privations forcées, à côté du sentiment d’un bien-être légitime »[5].

Cette vielle prémisse théorique est suffisante  pour caractériser l’appauvrissement de la majorité de la population roumaine d’après 1989 : si auparavant on n’avait que l’affect de l’humiliation en face des privilèges de la bureaucratie, tout à fait opposés aux slogans légitimateurs du système officiellement agités, après le changement on a commencé expérimenter toutes les facettes de la pauvreté. Le revenue réel de la paysannerie[6] et celui des couches travailleuses urbaines (ce que veut dire aussi le pouvoir d’achat)[7][8]. ont diminués à cause de la libéralisation des prix, de la limitation des subventions, de la destruction de l’état social, de la privatisation et de l’essor des privilèges de la bureaucratie.  L’appauvrissement des catégories spéciales comme les roms a été plus drastique que celui général, à cause de la destruction de l’industrie, de la baisse de la production, de la difficulté supplémentaire de trouver des emplois et de la vulnérabilité éducationnelle. Et tout ça devant la brutale différenciation sociale où les nouveaux riches ont étalé sans vergogne le luxe aisément obtenu

C’est la raison de considérer avec prudence l’opinion que la présente crise serait la cause de l’appauvrissement de la population, ou que le gouvernement présent serait la cause de la décroissance et de l’austérité. Mais c’est évidement que les deux dernières années ont vu la diminution des revenus de la population : de 15% ceux des retraités, de 20% ceux des salariés de l’économie privé et de 40% ceux des salariés du secteur budgétaire[9]. Toutefois le processus est global, reflétant d’une part le développement du capital transnational, son autonomisation envers les états et la force de travail et le marché d’un pays quelconque, c'est-à-dire « le pouvoir accru du capital sur le travail par une concentration plus grande de la richesse aux moins mains »[10] : et d’autre part, la crise, c’est-à-dire l’approfondissement des contradictions structurelles du système.

En concluant, si on compare le revenu médian nominal net de 1489 lei en décembre 2008[11] – incluant les bonus de fin d’année d’autant plus que c’était un an électoral, mais aussi les gros salaires de la haute bureaucratie – au seuil de pauvreté relative de 1486 lei toujours en 2008, alors on voit que déjà le médian est pauvre, au-delà des chiffres (4 millions de roumains vivent sous le seuil de pauvreté (une de cinq familles)[12], c'est-à-dire la pénultième place en Europe, devancée par la Bulgarie et suivie par la Lituanie[13]. Et si on retient qu’en août 2010 par exemple, après deux années de crise, le salaire médian net est de 1339 lei[14], on peut bien saisir que l’austérité mise en fonction par le gouvernement explicitement de droite, en laissant à part combien est-elle douloureuse en menaçant même la survivance, n’est pas très éloignée de l’antérieur seuil de pauvreté. Pourtant l’austérité a deux conséquences majeures : elle jette des nouvelles catégories de population sous le seuil de pauvreté et (ainsi) elle presse vers une nouvelle réduction des acquis sociaux, y inclut du salaire minimum. Mais est-ce qu’il vaut une révolte pour « la défense » de seulement quelques catégories de population et pour la restauration d’un imaginaire « mieux » marqué de pauvreté, décalages et anéantissement du sens de la vie ?


Nouvelle psychologie post 1989 face à la pauvreté

En janvier 1990, les gens étaient pleins d’espoir que « la démocratie et l’économie de marché »[15] leur apporteront le bien-être rêvé d’après les films occidentaux. D’une part, ils attendaient pleins de curiosité la réalisation de la nouvelle société dont ils liaient tous leurs espoirs. D’autre part, ils avaient les réserves (parmi lesquelles les appartements achetés au prix subventionné d’avant 1989), les emplois encore intouchés et la production. Puis, quand la libéralisation des prix, donc leur augmentation – tandis que les salaires restaient en arrière – ont commencé montrer leurs conséquences, ils ne croyaient pas aux propres yeux, se trouvant dans un état de stupeur caractéristique aux grands changements. Les dirigeants ont bien misé sur cette surprise. Et encore, sur l’abêtissement systématique à l’aide des moyens et institutions tout à fait à rebours de la modernisation qu’ils disaient l’implémenter.

L’appauvrissement a de plus en plus frappé la majorité de la population. Mais il y a une pauvreté acceptée, état à deux facettes : d’une part, les gens assument l’ajournement induit par l’idéologie de type libérale, pour le moment ils carguent les voiles afin qu’ils vivent mieux plus tard ; d’autre part, les gens assument le fatalisme induit par tous les prôneurs du capitalisme, c’est le temps des courageux, si on n’a pas le courage d’oser, on « perd sa place » à la table des riches. Et encore, le paradis du consume « occidental » où on croit être intégré par cette nouvelle société et s’intégrer est le but de la majorité, et pas la situation puissante des ceux peu nombreux : la pauvreté acceptée est au fond la transfiguration négative de la compréhension qu’ « on n’est pas fait » pour des intrépidités des brasseurs d’affaires, alors on doit se contenter avec le simulacre du consume. L’enthousiasme frénétique du « temps libre » passé dans les malls, car c’est le divertissement capitaliste de masse le plus porteur de l’illusion de pouvoir se détacher de la contrainte de la subordination, l’atomisation sociale générée par l’individualisme du consume (capitaliste) nous avertit combien est-il important de juger plus qu’en termes de pauvreté.

Il y a aussi une pauvreté qui n’est plus acceptée : le fatalisme mentionné – parce que les gens ont été trahis par les leaders « de gauche » – se transforme en révolte. Mais cette révolte n’est pas porteuse de solutions : justement parce que les masses appauvries n’ont pas des solutions radicales : elles veulent seulement plus de consume individualiste pour chacun /chacune. Ce manque de radicalité, cette inculture des moyens et des biens publics transforment les manifestations de masse contre la pauvreté en pathétiques émeutes contre l’appauvrissement : elle montrent certainement la faim – oui, la faim si on ne peut ni mourir avec le revenu minimum – et le désespoir des gens, mais, de plus que les manifestations ont eu comme objectif déclaré la tombée du gouvernement afin que les sociaux-démocrates et les libéraux accèdent au pouvoir, et pas l’imposition des mesures contre la pauvreté (parce que simplement ces mesures n’existent pas dans la logique actuelle du capitalisme) – elle montrent la soumission achevée des masses pour lesquelles seulement l’aggravation de leurs état, et pas l’état comme tel, parait être inacceptable.


Continuité et aggravation des causes de la pauvreté

Comme auparavant, ni après « la révolution »[16] le niveau général des salaires et des retraites n’a pas été exempté de la diminution générée par le système des privilèges. Parce que l’état était l’unique détenteur des richesses, l’ancienne bureaucratie politique et les firmes occidentales ont tout fait pour prélever ces richesses et les maîtriser. Les sociaux-démocrates, au pouvoir de 1990 jusqu’à décembre 1996 et de nouveau de 2000 jusqu’à décembre 2004, ont systématiquement volé la propriété publique en la « transférant » en leurs poches, ont systématiquement détruit l’industrie et les coopératives agricoles d’état au profit du capital occidental, ont systématiquement agrandi les privilèges de la bureaucratie politique, administrative, juridique, militaire et cléricale. Tout ça aux dépens de l’épuisement des biens publics et de l’appauvrissement de la majorité de la population.

Les coopératives de production des villageois avaient été détruites en vue de rétrocéder la terre pas seulement aux paysans, déjà en majorité appauvris avant la deuxième guerre mondiale et possédant en moyenne 1-2 hectares en permettent seulement une agriculture de subsistance, mais aussi et surtout à l’église et aux grands propriétaires : et parce que pas tous les paysans ont eu les preuves de la propriété de leurs ancêtres ou étaient trop vieux afin qu’ils aient fait toutes les diligences pour obtenir leurs terrains, une bonne partie de la terre des coopératives est devenue la propriété des grands responsables politiques, éventuellement revendue aux firmes fondées par des membres de la même bureaucratie.

La privatisation n’avait jamais été faite en faveur de l’état et, indirectement, de la majorité de la population[17]. Tout au contraire. Ni les contractes économiques avec le capital occidental. « En compensation », la politique social-démocrate a développé d’un niveau inimaginable  la corruption, tandis que les « politiques sociales » ont eu plutôt la fin de soutenir la bureaucratie : le privilège des salaires et des retraites absolument disproportionnés au travail et à la contribution au système public est devenu loi et ainsi irrévocable.

En quête de regagner sa puissance d’influence politique, d’attirer une certaine majorité des votes de la population et d’accéder au pouvoir, le discours social-démocrate présent contient, parsemés entre messages d’assurances pour le capital et entre politiques indiscernables de celles de droite, une petite critique « de gauche » concernant la direction du pays d’après 1989[18] comme si le PSD aurait toujours été en opposition et n’aurait jamais représenté les intérêts précis et claires de la bureaucratie. Or, c’est PSD qui a initié ou soutenu la baisse dramatique de la production minière, la fermeture des mines et « la reconversion professionnelle » des mineurs comme moissonneurs de fruits ; c’est PSD qui a initié et soutenu la baisse dramatique de la production industrielle et la destruction des usines, en considérant comme solution de la force de travail devenu excédentaire les retraites anticipés ; c’est PSD qui a initié et soutenu la corruption comme source de stabilité politique et de l’enrichissement des catégories bureaucratiques. L’actuel « esprit révolutionnaire » du PSD, sa compassion envers les pauvres et sa critique du présent gouvernement explicitement de droite ne sont ainsi qu’une manifestation pharisaïque et populiste : il n’a rien fait pour stopper l’appauvrissement de la population dès 1990[19] et il n’a aucune solution présente de le faire. Tout au contraire, il veut rétablir les privilèges de la bureaucratie supprimés par le gouvernement présent.

Décalages sociaux, protestes et politiques sociales

C’est la formation des nouveaux clivages sociaux d’après 1989 et l’approfondissement du vieux antagonisme entre la bureaucratie et les catégories travailleuses, comme résultat (et but, en même temps) de la politique explicitement capitaliste et destructrice des valeurs de l’égalité sociale, de la solidarité et des biens communs, qui ont constitué le terrain de l’appauvrissement de la population dès le commencement. En 2010 environ 50% des salariés se trouvent sous la limite de 65% du salaire médian, tandis qu’avant 1989 il y avait seulement un cinquième ; en même temps, en dessus le double du salaire médian   on compte 8% des salariés, avant 1989 étant seulement 2%[20].

Pas seulement en ce moment dramatique de la crise économique mondiale, mais c’est dès le commencement de ce nouvel ordre interne que la majorité de la population avait protesté et montré son indignation : les longues marches et manifestations spontanées de la population de Bucarest avant les élections de mai 1990 étaient explicitement dirigés vers la sauvegarde des acquis sociaux, des emplois, de l’estime de soi généré par un emploi, un logement et une organisation sociale où du moins théoriquement, légalement les gens n’étaient pas humiliés.

Mais puis, la politique de privatisation et la pression idéologique que les patrons seront ceux qui donneraient des emplois se sont converties au nouveau point de vue populaire : « que m’importe s’il y a des patrons, si c’est eux qui me payent ? »  Quand même, face à la destruction des emplois et à l’appauvrissement, on faisait des grèves et des manifestations. Et, en dépit  des confusions  et des espérances que « la démocratie » leur apportera une meilleure vie que celle de la dernière décennie d’avant 1989, les gens ont expérimenté le capitalisme et ont exprimé leur opinion : si en mai 1990 ils ont voté en proportion de 70% la social-démocratie et pas la droite explicite, en 1992 déjà la proportion a été d’environ 58%, tandis qu’en 1996 ils ont puni ceux qui les avaient menti. Et la même chose se passait aux élections de décembre 2004.

En face du proteste populaire, la réponse de la politique de tous les partis au pouvoir (mais plutôt du PSD) a été le pacte avec les syndicats[21], l’export de la force de travail, le soutien pour la bureaucratie, la corruption et la permissivité face à la corruption, y inclus à l’économie noir.

Mais les politiques sociales fondées sur ces processus, y inclus sur la croissance basée sur les crédits offerts sans garantie à la population (comme pendant le gouvernement libérale de 2004 à 2008[22]),  ne sont pas soutenables du point de vue financier. Ni la croissance basée sur l’argent envoyé par les roumains travaillant à l’étranger : la crise mondiale a bien mis en évidence qu’il n’y a plus des conditions pour ce type de croissance et pour les politiques sociales liées à cette conception.

Ainsi, le gouvernement de droite de ces deux dernières années a réduit les politiques sociales et, dans la logique d’ailleurs assumée aussi par le PSD (de soutenir le capital[23]), a réduit les salaires des catégories budgétaires de 25%. Toutefois et en même temps, il a réduit[24] les privilèges de quelques catégories bureaucratiques. C’est la raison de regarder avec précaution les clichés que l’Opposition présente sur l’unanimité du proteste. Même désespérée à cause de la  hausse des prix et de la réduction des salaires, donc de l’appauvrissement drastique, la majorité de la population n’a pas répondu aux appels des syndicats de sortir dans la rue : parce que les syndicats sont alliés avec les sociaux-démocrates et les libéraux poursuivant seulement le but de démolir le gouvernement et si possible le président, mais n’ont aucune solution à rétablir les salaires et la croissance. Les gens savent tout ça et ne se laissent pas manœuvrés, mais ils sont une fois de plus désespérés : parce qu’ils n’ont pas des dirigeants. Trotski avait raison en concentrant l’attention sur la trahison des leaders : la manque des solutions et des voies de construction sociétale à cause de cette trahison marque le comportement des catégories travailleuses. C’est la raison de la précarité de la « souveraineté négative »[25] de la rue sur son pouvoir de sanction ; en même temps cette situation mène au danger de l’irrationalisme : s’il n’y pas des alternatives réelles qu’on puisse choisir, alors on choisira par hasard et possible même les plus mauvaises solutions : la gauche et le rationalisme sont punis plutôt que la droite justement parce que les expectations face à leurs slogans et images avaient été plus grandes.

La droite et « la gauche »

Donc, d’une part, les leaders syndicaux et « la gauche » ont utilisé la révolte contre l’austérité comme moyen d’obtenir le pouvoir, mais sans avoir aucune solution  et aucun but de réduire l’appauvrissement. D’ailleurs, cet état ne peut plus être changé ni au niveau d’un pays[26] et en tout cas pas au niveau d’un pays périphérique qui a raté après 1989 le cours de développement justement par la mise en œuvre du cours capitaliste.

D’autre part, la droite parait plus moderne que « la gauche » en attaquant les privilèges et en apportant en agora, même à mi-voix, la question des injustices. En effet elle met en fonction les solutions « techniques »[27], trans-parties – car toutes les parties, y inclus « la gauche » les soutiennent – qui reflètent la logique actuelle du capitalisme en crise : à tout prix l’aide aux capital, et pas à la force de travail et à la population. Aujourd’hui les catégories populaires  n’ont pas aucun appui : leur seule voie serait de renchérir les aspirations radicales, et encore pas « dans un seul pays ».

Sous le paravent progressiste de la lutte contre les privilèges[28], la droite a promu une politique tout à fait conservatrice : plus de soutien pour l’église et pour une éducation sociale obscurantiste, un anticommunisme déjà institutionnalisé, l’explosion de l’État minimal. Ces directions ne sont pas neuves, elles avaient appartenu aussi à « la gauche », mais l’accent actuel est grave est montre la radicalisation de la droite et, au fond, de l’entière classe politique.

On peut dire que la radicalisation de la droite est en bonne mesure le résultat de la pression irrationnelle de « la gauche » : si celle-ci aurait assumé la réduction des privilèges, la droite n’aurait pas eu son présent argument essentiel qui légitimerait sa politique. Si « la gauche » aurait imposé en effet des droits, la transparence et une démocratie relevante alors le glissement du gouvernement vers des accents radicalement réactionnaires aurait été stoppé. Mais « la gauche » n’a jamais voulu le maintien et l’augmentation du niveau de vie des masses : le support a été dirigé systématiquement vers le niveau des privilégiés. La situation des roms est seulement une illustration, même si dramatique : pas les programmes sociaux avaient été envisagé, mais la constitution et le bien-être de la bureaucratie politique des roms. Le remplacement du citoyen par le consommateur et du réalisme et de la réflexion par le divertissement[29] avait été le but et la ligne politique dès 1989, et pas seulement en ces deux dernières années. Le peuple roumain peut certainement remonter en scène[30], mais, pour en écarter les échecs et les souffrances inutiles, il doit se convaincre que, sa présente situation n’étant pas une « exception à la roumaine » mais inscrite dans la logique de la paupérisation des couches travailleuses du monde entière dans les dernières décennies[31], il doit lutter pour quelque chose de plus que la diminution de la pauvreté et s’opposer à quelque chose de plus que son présent appauvrissement.

 




[1] Voir Ana Bazac, « Az antisztálinista disszidensek és a "vox intelligent(s)iae" », Eszmélet, no. 60, déc. 2003, p. 68-80; «Nehány gondolat az álamszocializmus-vitához », Eszmélet, no. 62, juin 2004, p. 27-46; « Câteva remarci cu privire la comunism şi anticomunism », http://revistacultura.ro/blog/2010/08/cateva-remarci-cu-privire-la-comunism-si-anticomunism/#more-2599; «Nu numai capitalul, ci şi birocraţia», http://www.criticatac.ro/2301/nu-numai-capitalul-ci-si-birocratia/

[2] Eugène Buret, De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France, Paris, Chez Paulin, libraire, 1840, Tome I, p. 105.

[3] Ibidem, p. 113.

[4] Ibidem, p. 107: « L’homme appartiendra, selon nous, à la misère lorsqu’il ne sera plus en état de supporter seul sa pauvreté et celle des siens ».

[5] Ibidem, p. 112.

[6] http://ebooks.unibuc.ro/StiintePOL/ralu/2-2-2.htm

[7] L’évolution des revenus réels entre 1990 et 2004 montre la baisse à 78 % de l’année de référence 1990 (voir Gheorghe Săvoiu, The setting of market economy in Romania, http://www.revistadestatistica.ro/rezumate/4_2007/articol%202%20savoiu.pdf) et, même sur le fond de la croissance économique entre 2004 et 2008, que plus de la moitié de la population du pays s’était endetté aux bancs (http://creditul.eu/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=1&cntnt01origid=59&cntnt01returnid=59), c'est-à-dire que les revenus réels n’avaient pas augmenté si les gens avaient besoin des crédits afin de maintenir un soi-disant niveau décent de vie.

[8] Eugène Buret, ibidem, p. 118 : « la misère c’est un phénomène de civilisation, c'est-à-dire misère suppose richesse » (« on n’est pas pauvre là où tout le monde est pauvre »).

[9] http://www.amosnews.ro/module-Pagesetter-printpub-tid-29-pid-53039.phtml

[10] Andreas Bieler, Ingemar Lindberg, Devan Pillay (Eds.), Labour and the Challenges of Globalization. What Prospects for Transnational Solidarity?, With a Foreword by Samir Amin, London, Ann Arbor, Pluto Press, 2008, p. 11.

Voir aussi que, par exemple, les retraités roumains ne sont pas « les plus pauvres » de l’Europe : Our elderly worse off than Romania's: British pensioners among the poorest in Europe, 26th July 2009, http://www.dailymail.co.uk/news/article-1202378/Our-elderly-worse-Romanias-British-pensioners-poorest-Europe.html. Selon les organisations charitables qui avaient compilé les dattes de Eurostat de la dernière décennie, les retraités britanniques vivant avec moins de 60 % du revenu médian du pays étaient plus nombreux (30 % des retraités) que les roumains (19 %). La raison est que les retraités roumains forment un électorat plus gros que les salariés dont beaucoup travaillent à l’étranger).

[11] http://www.insse.ro/cms/files/statistici/comunicate/castiguri/a09/cs01r09.pdf

[12] Le président de l’Institut National de Statistique, http://www.stiridecluj.ro/national/una-din-cinci-familii-din-romania-are-venituri-sub-pragul-de-saracie-relativa; aussi « deux tiers des foyers ont un revenu sous le revenu médian ».

[13] http://www.inegalites.fr/spip.php?article388

[14] http://www.insse.ro/cms/files/statistici/comunicate/castiguri/a10/cs08r10.pdf

[15] Les dirigeants, y inclus et ici surtout ceux « de gauche », avaient  soigneusement substitué le terme de capitalisme avec le syntagme cité. Même connaissant le faible niveau théorique de la population et qu’elle avait été écartée de la logique marxienne de la compréhension de la société par le modèle staliniste transmis dans l’ensemble de l’influence idéologique, les dirigeants post 1989 voulaient tout de même éloigner le choque et  les conséquences de la collision entre certaines convictions et informations des gens et, d’autre part, le concept de capitalisme trop vite proposé. Mais pas seulement cette motivation pratique a déterminé le comportement de la gauche mais aussi la conception – qu’elle  a systématiquement induite dans la conscience sociale – que le système capitaliste serait réductible au régime politique (donc à la démocratie, comme si le fascisme n’aurait pas été généré par les contradictions de la démocratie capitaliste) et au modèle idéal de l’économie de marché, simplification néolibérale à la manière du village d’Adam Smith.

[16] En Roumanie, la « gauche » social-démocrate considère que l’événement du décembre 1989 aurait été une révolution qui certifierait l’entière évolution ultérieure explicitement et sauvagement capitaliste de la politique, y inclus l’ascension des leaders sociaux-démocrates qui se réclament comme « émanant de la révolution ». La droite insiste que la tournure historique serait la démonstration du caractère accidentel, volontariste et illégitime du socialisme et que cette tournure aurait été confisquée par les échelons  secondaires du parti communiste qui auraient désiré stopper l’émergence du capitalisme et seulement embellir l’ancien régime, tout en s’imposant comme les nouveaux chefs et continuant ainsi et développant la puissance de la bureaucratie et la corruption. La droite a en vue plutôt un coup d’état issu de la jalousie et de la haine d’Iliescu contre Ceausescu.

En ce qui me concerne, je soutiens la théorie selon laquelle : 1) même si les ouvriers des grandes plateformes industrielles bucarestois avaient été déterminés à venir à la place centrale où, dans le bâtiment du Comité central, se jouait toute la comédie de la substitution du pouvoir (présence populaire que justifierait le terme de révolution), parce que le « socialisme réellement existant » n’était qu’un isotope du capitalisme, une tentative de créer une alternative au capitalisme mais sans les conditions nécessaires (voir  Ana Bazac,  « What felt? Remarks on the ontology of communism », Alternativy, http://www.alternativy.ru/en/node/1334), la première caractéristique de l”événement parait être plutôt celle de coup d’état, phénomène changeant le régime politique dans le cadre des relations structurellement capitalistes ; 2) pourtant, parce qu’un système social est défini par les relations structurelles et les valeurs légitimatrices, et que l’acte de 1989 fut dressé contre les valeurs communistes, et pas seulement stalinistes, il semble plutôt à une contre-révolution : mouvement ayant apparemment le support des masses mais dirigé justement contre leurs buts. L’utilisation du concept de contre-révolution permet la compréhension des quatre aspects mentionnés : celui de la présence de la population, celui de la transformation radicale des relations structurelles, devenues explicitement capitalistes, celui des forces politiques intérieures au système de commande et manoeuvrant seulement pour la substitution de l’équipe au pouvoir en vue de préserver et agrandir la puissance et les privilèges, celui d’attaque contre le vecteur novateur de la tentative socialiste.

[17] Je ne suppose guère que la privatisation serait bénéfique au bien-être de la majorité de la population, mais je veux souligner que jamais cette privatisation n’a pas été faite en respectant la loi ou un quelconque raisonnement économique concernant les conséquences de l’acte pour la majorité.

[18] Voir Ion Iliescu, Reuniunea Clubului de la Bucureşti,  07/10/2010, http://ioniliescu.wordpress.com/

[19] Ana Bazac, Cu privire la Raportul ICCV din 10 iunie 2010, http://revistacultura.ro/blog/2010/08/cu-privire-la-raportul-institutului-de-cercetare-a-calitatii-vietii-un-comentariu-de-ana-bazac/#more-2588; http://www.criticatac.ro/36/titlu-8/

[20] Voir Raport social al Institutului de Cercetare a Calităţii Vieţii „După 20 de ani: opţiuni pentru România”, 10 iunie 2010, http://www.iccv.ro/ICCV_Romania_dupa_20_de_ani.pdf

[21] Voir aussi le Programme du PSD, proposé au Congrès du 16 octobre 2010, http://www.psd.ro/primaluna.pdf

[22] Les libéraux sont les alliés du PSD, voir les deux dernières années.

[23] Il ne peut même (et il n’y a plus des conditions à ça) soutenir un impôt redistributif.

[24] Il les a réduit et pas supprimé, mais quand même c’est plus que rien.

[25] Pierre Rosanvallon, Les pays occidentaux devraient reconnaître qu'ils sont aussi des apprentis en démocratie, http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/05/06/les-pays-occidentaux-devraient-reconnaitre-qu-ils-sont-aussi-des-apprentis-en-democratie_1189494_3260.html et Cynthia Fleury : " La démocratie, ce n'est pas la réciprocité des mépris ", http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/10/23/cynthia-fleury-la-democratie-ce-n-est-pas-la-reciprocite-des-mepris_1430041_823448.html#ens_id=1305816

[26] Voilà une concrétisation de la thèse de Trotski concernant l’impossibilité du « socialisme dans un seul pays » : en principe, ni même la réduction de la pauvreté ne peut pas être accomplie « dans un seul pays » dans les conditions du présent capitalisme global et de l’intégration économique mondiale et régionale, exceptant bien sur quelques pays développés.

[27] Ces solutions techniques ne sont pas du tout neutres, mais politiques.

[28] C’est le signe du populisme de la droite roumaine au pouvoir. Mais cette droite n’est pas animé par un quelconque blanquisme (la lutte contre les privilèges) : elle actionne dans la logique actuelle du capitalisme, en voulant réduire les privilèges de la bureaucratie en vue que seulement le capital s’en réjouisse.

[29] Voir Raffaele Simone : « Pourquoi l'Europe s'enracine à droite », Le Monde Magazine, 12.09.2010, http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/09/12/pourquoi-l-europe-s-enracine-a-droite_1409667_823448.html

[30] Serge Halimi, « Le reveil français », Le Monde Diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2010/11/HALIMI/19827

[31] Samir Amin, World Poverty, Pauperization
& Capital Accumulation
, http://www.monthlyreview.org/1003amin.htm

 

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#2 Aubree 2011-05-30 12:42 Vous avez de bons points il, c'est pourquoi j'aime toujours verifier votre blog, Il semble que vous etes un expert dans ce domaine. maintenir le bon travail, Mon ami recommander votre blog.

Mon francais n'est pas tres bon, je suis de l'Allemagne.

Mon blog:
Meilleur taux et rachat de credit revolving
Idézet
 
 
#1 ordefs-web 2011-01-09 06:57 Oui, probablement il est donc Idézet
 

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