| Déclaration commune contre la pauvreté |
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| Írta: Administrator |
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A qui ne détourne pas le regard, un être misérable fait peine à voir. Et dans cette peine, notre compassion est mêlée de honte. C'est que, sous les traits laids de la misère, nous reconnaissons la violence qui lui est faite, sa dignité bafouée, l'humanité avilie. Nous pourrions être à sa place et nos sorts sont liés. Nul ne souhaite une vie misérable, nul n'y consent librement. Être pauvre, c'est être celui qui subit. La pauvreté est inacceptable, la misère est intolérable.
Tout effort émancipateur, tout refus de soumission, toute révolte enrichissent. L'application concrète du principe d'égalité, tout acte de justice, tout partage atténuent la misère. Mais il nous faut l'éradiquer. Car la tolérer, c'est affaiblir la vitalité de notre liberté. C'est une leçon que les peuples d'Europe centrale et orientale auront réapprise au bout de vingt ans de transformation capitaliste, au bout de vingt longues années de crise économique, sociale et politique ininterrompue: - que les enfants mal nourris, transis de froid, affaiblis par la fatigue et les maladies n'ont que peu de chances de développer leurs potentialités; - que les travailleurs isolés et désolidarisés deviennent inéluctablement des esclaves, des êtres réduits à l'état de machines; - que les chômeurs, les malades, les handicapés et les personnes âgées n'échappent à la mise à l'écart, l'internement voire à l'élimination pure et simple qu'aussi longtemps qu'ils conservent une quelconque utilité pour le capital; - que pour régner, le pouvoir n'a toujours rien trouvé de mieux que de diviser le peuple en groupes d'intérêt, communautés diverses et minorités variées; - qu'un système de domination a remplacé l'autre, plus redoutable, tout aussi implacable et tout aussi désastreux pour notre environnement. Il est grand temps de recouvrer l'envie de sortir de nos fers. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ainsi, nous exprimons notre solidarité avec les nombreux mouvements sociaux qui sont autant de manifestations de la résistance populaire à la paupérisation, à l'injustice et à l'oppression. Nous estimons que le plein emploi doit rester l'objectif principal de toute politique économique. Au-delà de l'emploi tel qu'il est défini et vécu dans le système d'économie de marché, nous sommes convaincus qu'il faut renforcer l'emploi socialement utile. A ce titre, nous demandons une réévaluation critique des différentes formes de propriété, et le soutien de l'Etat aux formes coopératives de production et de commercialisation. Un marché libre et non faussé n'est pas celui des corporations surpuissantes ni des oligopoles, mais celui des communautés humaines souveraines. A défaut de pouvoir abolir le travail comme marchandise, nous estimons que la puissance de l'Etat est irremplaçable aussi bien pour la répression de l'exploitation des travailleurs précaires et illégaux que pour la poursuite de toutes les atteintes au droit du travail ou au droit environnemental naissant. Le plein emploi, des salaires décents et le respect scrupuleux des normes sociales, sanitaires et environnementales dans l'organisation du travail sont les instruments indispensables pour équilibrer le budget de l'Etat. Une taxation sensiblement accrue du capital, et notamment de la rente, de la spéculation ainsi que de la propriété immobilière est indispensable pour assurer un partage plus juste de la richesse sociale, freiner la paupérisation et par là contribuer à une croissance économique créatrice d'emplois, élevant le niveau de richesse matérielle pour l'ensemble de la société. Nous sommes convaincus que dans une situation où le plein emploi n'est pas assuré, un revenu minimum social ainsi que l'accès effectif au logement et à l'alimentation, à l'éducation et aux soins de santé doivent être garantis pour tous, sans discrimination aucune. Plus particulièrement, dans une société qui déclare promouvoir l'égalité des chances et qui déplore de vieillir, aucun enfant ne devrait pouvoir souffrir de faim ou de malnutrition. Quelles que soient les raisons possibles de la défaillance des parents à subvenir aux besoins fondamentaux de leurs enfants, il appartient à la puissance publique d'y pallier. Enfin, nous rejettons toute politique de ségrégation. L'apparition massive de véritables ghettos de la misère sur le territoire européen n'est pas juste le reflet du racisme ou de l'intolérance religieuse. Elle est également le fruit de l'urbanisation à outrance, du dépeuplement violent des campagnes imposé par l'industrialisation et de l'usage fait dans le seul intérêt du capital de l'innovation technologique. Par conséquent, en cette "année européenne de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale" et à la veille de la présidence hongroise de l'Union Européenne, nous formulons les propositions suivantes: - L'Union Européenne doit aborder le fléau de la pauvreté de masse comme un enjeu de société, voire de civilisation; - L'Union Européenne doit non pas se fixer pour objectif de diminuer de quelque 20% le nombre de pauvres dans les Etats membres d'ici 2020, mais revenir à l'ambition affichée jusqu'en 2010: donner un élan décisif à l'élimination de la pauvreté et assurer l'inclusion sociale active de tous. Elle doit considérer l'existence en son sein de la pauvreté de masse comme inacceptable, ainsi qu'elle l'affirmait elle-même jusqu'en 2010. Mais, cette-fois, elle doit se donner les moyens effectifs lui permettant d'atteindre ces objectifs - y compris, si nécessaire, en changeant certaines de ses règles économiques, comme celles qui laissent trop de pouvoirs aux marchés financiers, qui encouragent la mise en concurrence des peuples et le dumping social et salarial, et qui affaiblissent les capacités de résistance et d'intervention des citoyens et des acteurs sociaux. - A cette fin, l'Union Européenne devrait, comme vient de le proposer l'ensemble des groupes de gauche du Parlement européen, élaborer une directive-cadre demandant l'institution, dans chaque Etat membre, d'un revenu minimal clairement supérieur au seuil de pauvreté. - Enfin, puisque dans certains pays membres même le salaire médian ne suffit pas pour protéger une personne ou une famille contre la pauvreté, l'Union Européenne devrait choisir, pour fixer le montant de ce revenu minimal dans chaque pays, des critères se conformant à une dispositions essentielle de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne: "La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée." En tout état de cause, nous appelons tous les hommes et toutes les femmes de progrès à apporter leur soutien aux actions s'inscrivant dans cette perspective.
Fait á Budapest, le 6 novembre 2010.
Participants au colloque "Comment sommes-nous devenus pauvres" |





















